Guillaume Bouvier, Directeur commercial de Gemelli
Avec Nicolas, son jumeau -directeur de la gestion et des achats-, Guillaume Bouvier créait en 2018 Gemelli, entreprise de glaces artisanales drômoise. Installé à Maltaverne depuis 2019, le duo a choisi d’implanter la production à Rome, ville où est née sa passion pour le gelato italien. Si la fabrication se fait désormais de l’autre côté des Alpes, le siège demeure à Valence ainsi que trois kiosques où l’on peut déguster Dolce Vita, la nouvelle collection.
FRANCE PIZZA. Quels sont les nouveaux défis initiés en 2026 chez Gemelli ?
GUILLAUME BOUVIER. 2026 symbolise un retour aux sources, à notre ADN et à ce qu’on veut vraiment partager : le gelato 100 % italien. Depuis le début de 2026, nous produisons désormais 100% en Italie. On est à Poggio, à une heure de Rome, où l’on travaille avec Fabrizio qui fait de la glace depuis 25 ans. Notre projet est de commercialiser la vraie glace italienne. On a tout changé ! Changement de site, nouvelles saveurs, nouveau branding et nouvelle baseline : « Gemelli nato a Roma » qui signifie Gemelli né à Rome.
FRANCE PIZZA. Pourquoi avoir quitté la France pour l’Italie ?
GUILLAUME BOUVIER. La production est en Italie, le siège et le stock sont à Valence, en France. Ce déménagement répond à un double objectif. D’abord, régler un problème de cohérence et d’alignement : on ne peut pas aimer l’Italie et produire en France. C’est une vraie dissonance ! On souhaitait être cohérent par rapport à notre histoire, notamment ce voyage de 5 mois en Italie, en 2017, qui nous a fait, Nicolas et moi, aimer ce pays et décider de créer une entreprise de glaces. Ensuite, on souhaitait répondre à une demande du marché. On s’est aperçu que certains distributeurs voulaient des produits 100% italiens. Ils trouvent des pâtes, des pizzas mais pas de glaces ! Le gelato est né en Italie, le sorbetto est d’abord romain puis importé en France grâce à l’Italienne Catherine de Médicis devenue l’épouse du Français Henri II.

FRANCE PIZZA. Partir pour l’Italie signifie-t-il renoncer à la France ?
GUILLAUME BOUVIER. Pas du tout ! Nous sommes et restons des entrepreneurs drômois. Si l’unité de fabrication est en Italie, notre siège social est à Valence et nous avons 3 points de vente à proximité. Il y a un kiosque au Parc Jouvet à Valence, un autre Place Jean Jaurès à Romans-sur-Isère, un 3e à Mirmande, tout en haut du village, en dessous de l’église Sainte-Foy
FRANCE PIZZA. Comment cette restructuration impacte-t-elle votre production ?
GUILLAUME BOUVIER. En France, on travaillait selon le procédé français. En nous installant en Italie, on a monté en qualité. La texture est complètement italienne c’est-à-dire crémeuse et ronde en bouche. Et peu sucrée ! On sent le lait et la crème sans que ça pèse sur la langue ni que ce soit gras en bouche. Si l’on goûte notre glace, on éprouve le même ressenti qu’avec une glace d’Italie. D’ailleurs, je ne parle plus de glace mais de gelato.
FRANCE PIZZA. Quelle différence faites-vous entre glace et gelato ?
GUILLAUME BOUVIER. Parler de gelato, c’est comme si on avait une AOP. C’est faire resurgir toute l’histoire et l‘identité de ce produit né en Italie. En France, il y a de très bons glaciers mais l’approche est différente. La sensibilité est différente. C’est un produit considéré comme un aliment et pas seulement un dessert. En Italie, le gelato c’est comme la baguette en France : on le consomme toute l’année.
FRANCE PIZZA. Quels nouveaux parfums proposez-vous ?
GUILLAUME BOUVIER. On a développé 12 recettes (6 sorbetti et 6 gelati) au sein de la gamme Dolce Vita dont les visuels sont d’inspiration sicilienne et amalfitaine. La majorité des ingrédients vient d’Italie. Le café est torréfié à Naples, la pistache vient de Bronte, le gianduja vient de Turin et la Noiselle du Piémont. Les mandarines et les citrons viennent de Sicile. Le lait et la crème fraîche sont fabriqués dans le Lazio. Cette gamme est volontairement plus courte et on a annulé les autres car 90 % des volumes sont faits avec 8 produits. Il y avait trop de références, en gérer 25 était un casse-tête ! Plutôt qu’accumuler les parfums, on a préféré se concentrer sur l’essentiel car lorsqu’il y a trop de parfums, 10% sont délaissés.
FRANCE PIZZA. Produire en Italie modifiera-t-il le prix de vos gelati ?
GUILLAUME BOUVIER. On fait en sorte que non. Il n’y a pas de modification de prix sur les bacs et 3 centimes sur les pots. Le but étant de démocratiser un produit ultra qualitatif. On n’est pas les moins chers, on n’est pas les plus chers !
FRANCE PIZZA. Prochains objectifs ?
GUILLAUME BOUVIER. Nous sommes en France bien représentés à Paris, Bordeaux, Marseille, Saint-Tropez et en Bretagne. Plus de 250 épiceries, magasins, restaurants accueillent déjà nos produits et nous souhaitons grandir. Nous travaillons au développement de la marque à l’international. L’objectif n’est pas de conquérir l’Italie mais des pays d’Europe qui apprécient la glace et sont à la recherche de produits authentiques.
Propos recueillis par Isabelle Aithnard. Photos © Gemelli



