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Marion Mispouillé, la passion du melon
Marion Mispouillé, Ingénieure en agriculture
Le 7 Juillet 2022

Marion Mispouillé, la passion du melon

Ingénieure en agriculture, Marion Mispouillé est entrée, bien avant la fin de ses études, dans le monde des syndicats interprofessionnels et des associations, par conviction et par passion. Après 5 ans passés à l’Association Nationale des Expéditeurs et Exportateurs de Fruits et Légumes (ANEEFEL), comme Chargée  de mission technico-économique, cette native du Tarn-et-Garonne qui a a grandi au cœur de vergers et de champs, quitte Paris et intègre au printemps 2019 l’Association Interprofessionnelle du Melon dont elle devient l’animatrice.     

Créée en 2009, l’AIM a pour mission de représenter les producteurs, les expéditeurs et faire le lien avec les consommateurs. Elle s’emploie évidemment à mieux faire connaître ce produit. C’est dans le cadre de cette fonction que Marion est devenue directrice de la publication Le Melon de nos Régions. Elle nous éclaire sur la situation du melon en France, fruit très prisé des Français que l’on retrouve aussi dans la cuisine italienne.

 

 

France Pizza. Quelle place le melon occupe-t-il dans les habitudes de consommation françaises ?

Marion Mispouillé. Le melon est la star de l’été ! Un produit très apprécié des Français qui en ont fait leur chouchou et en mangent énormément quand il fait très beau et très chaud. Il est consommé à hauteur de 8kg par ménage chaque année. C’est un produit météo-sensible. L’an dernier, l’été était maussade et on a eu une consommation très timide. S’il fait beau, il se consomme tout seul. Quand on demande aux consommateurs à quoi ils rattachent le melon, ils répondent : instants conviviaux, barbecue, soleil, instants de plaisir, été…Le melon symbolise les vacances.

 

FP. Quels melons consomme-t-on en France ?

M.M. En France, le melon le plus produit (98%) et le plus consommé est le Charentais « jaune ». Attention, le type commercial Charentais, qui peut être produit en Provence, ou le Tarn-et-Garonne, n’est pas une IGP comme on peut en avoir sur le melon du Poitou, du Quercy ou de la Guadeloupe.  Le Charentais est un peu comme le chou de Bruxelles ou le champignon de Paris, on n’est pas obligé d’être à Bruxelles ou Paris pour les produire. Le Charentais n’est pas lié à une dénomination géographique, c’est pour cela qu’on le trouve en Espagne et au Maroc. En Italie, on est sur d’autres types comme le Galia ou le Brodé…  

 

FP.  Vous dites que le melon est un produit chouchou, alors comment expliquer que la France ait perdu 10% de ses surfaces nationales en 2022 ?

 

M.M.  Cela fait quelques années que le melon a quelques difficultés au niveau de la filière. Certains leaders emblématiques (Ndlr : Rouge Gorge, Soldive) ont disparu ou réduit la voilure pour des questions de rentabilité. Les surfaces se sont énormément réduites, malgré cela le produit reste énormément plébiscité. Il faut redonner de la valeur à ce produit. 

 

FP. Quelles solutions pour redynamiser la filière ?

M.M. On essaie de redynamiser la consommation, même si on est sur un produit toujours très plébiscité, en le modernisant auprès du consommateur. N’oublions pas que l’on voit monter la pastèque en terme de consommation et qu’elle a un côté moderne. 

 

FP. C’est quoi « moderniser » le melon ?

M.M. C’est notamment sortir du traditionnel melon-jambon ou melon-Porto et proposer de nouveaux usages. On a l’habitude de voir le melon en entrée ou en dessert alors qu’il peut être mis en accompagnement dans des plats. C’est un produit qui passe bien à la plancha pour être caramélisé et accompagner un magret de canard ou une viande. On peut l’utiliser sur d’autres repas comme le petit déjeuner dans des bols vitaminés. Il peut s’intégrer au goûter. On peut le découper, l’emporter… D’autres instants de consommation commencent à prendre le pas depuis ces dernières années. À l’apéritif, c’est facile à découper et à partager et ça fait toujours plaisir aux convives. On essaie également de développer un maximum de recettes pour donner une image plus moderne. Il faut qu’il reste dans le coup ! 

 

FP. D’un point de vue nutritionnel quel est son intérêt ?

M.M. C’est un fruit gorgé d’eau, il en renferme environ 90%. Il est désaltérant et rafraîchissant, sucré et gourmand. Un produit sain qui ne nuit pas aux régimes amincissants. Sa valeur énergétique est assez faible : 33 Kcal pour 100 g. Il est riche en bétacarotène qui a des propriétés anti-oxydantes. Son taux de glucide bas (6,57g pour 100 g) le situe en-dessous de la moyenne des autres fruits frais qui sont à 10g pour 100 g. Il contient de la vitamine C : environ 28,8 mg aux 100 g  soit 36% des valeurs énergétiques recommandées.

 

FP. La guerre en Ukraine a-t-elle un impact sur la filière ?

M.M. Avant l’Ukraine on était déjà au contact inflationniste au niveau des coûts de production de tous les intrants. Que ce soit les intrants en production comme les intrants au niveau de la station d’expédition (emballage, transports…) on était déjà à une moyenne d’augmentation de 30% des coûts de production. Derrière il y a eu l’Ukraine, on.a encore des augmentations, des difficultés d’approvisionnement. Après, sur certains produits, on va parler de pénurie ou d’augmentation des coûts, enfin du prix de détail, ce qui n’est pas le cas sur le melon puisqu’on a un contexte aujourd’hui  donc malheureusement pour les producteurs  les prix expédition sont très bas mais on a des prix au détail  qui ne sont pas plus haut en tout cas que les années passées malgré l’augmentation des coûts de production et de toutes les difficultés qu’on connaît. L’offre du mois de juin a été très importante du fait du contexte météorologique. Et on a des volumes cette année qui permettent largement de fournir l’ensemble de la  France sur le mois de juin. On est sur un contexte pour le melon favorable au consommateur. Le melon est présent dans les rayons, il est bon parce qu’il a eu tout le soleil qu’il méritait et il les prix au détail sont largement raisonnables. 

FP. 2022 est une bonne année pour le melon ?

M.M.  Le melon est bon parce qu’il a eu tout le soleil qu’il mérite.  C’est une bonne année en terme de météo même s’il y a eu quelques jours un peu plus frais, on ne peut pas se plaindre. On a besoin que le soleil revienne et se maintienne comme en juin. Au niveau des champs, c’est une bonne année car il n’y a pas eu de maladies. Les champs sont sains, le melon arrive en qualité et en quantité. Après, il va falloir des prix qui permettent aux producteurs de gagner leur vie.

FP. Les consommateurs sont-ils prêts à payer le melon plus cher ?

M.M. Dans une étude récente, des consommateurs interrogés définissent un prix psychologique à 2 €. À 3 €, il est trop cher. Pour la moitié des 1000 personnes interrogées, un melon à moins de 1 € est rédhibitoire et supposé d’une qualité douteuse. Quand on voit des prix affichés à oins de 1 €, ça peut être destructeur de valeur pour le melon. Rappelons que le melon est cueilli à la main contrairement à certains fruits qui font l’objet de récoltes mécanisées. Sur une parcelle, on ne ramasse pas tout en une seule fois, il faut passer et repasser pour cueillir au bon moment, à bonne maturité. Une fois cueilli, il faut vite le mettre en vente car le melon ne se conserve pas dans des frigos plusieurs ois comme la pomme. 

FP. En conclusion

M.M. C’est un produit passionnant. On a toujours à apprendre du melon.

Propos recueillis par Isabelle Aithnard

 

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